Kintsugi, métaphore de la résilience

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Message par Kolam le Jeu 17 Mai - 20:47

Rappel du premier message :




Kintsugi


Au Japon des artistes réparent notamment les céramiques cassées et mettent en exergue les parties endommagées en remplissant d’or les fractures.

Selon cette tradition, les japonais soutiennent que lorsque quelque chose a subi un dommage, un traumatisme, un accident, il a une histoire et en devient plus beau.

L’art traditionnel japonais de la réparation de la céramique cassée à base d’une colle et de poussière d’or s’appelle Kintsugi.


Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 Tazzin11


Non seulement la céramique est réparée mais elle en devient plus résistante notamment aux endroits des anciennes cassures et fêlures. Plutôt que de tenter vainement de dissimuler les défauts, les crevasses, cet art les célèbre puisque ces accidents deviennent partie intégrante de l’objet et renforcent son identité et sa singularité.

Cette démarche s’appelle le Kintsukuroi qui se comprend comme un embellissement de l’objet après qu’il ait été brisé puis restauré.

Et si nous entendions cette métaphore comme une remarquable opportunité à nous appliquer à nous même ?

Et si nous considérions toute thérapie ou psychanalyse éthiques comme une occasion que nous nous donnons de mettre en exergue ce qui nous singularise et fait de nous l’être unique que nous sommes ? C’est précisément à la faveur de contingences et de malencontres que nous nous construisons et apprenons tout d’abord comment s’exprime notre symptôme mais surtout ensuite, dans quelle direction nous devons aller pour aller à la rencontre de notre propre désir.

http://www.therapiepsyparis.com/reconstruction-et-traumatisme-la-resilience/



Kintsugi/Kintsukuroi ou la valeur de la fêlure:

(...)
Le kintsugi serait apparu lorsque, à la fin du xve siècle, le shogun Ashikaga Yoshimasa a renvoyé en Chine un bol de thé chinois endommagé pour le faire réparer. Le bol étant revenu réparé avec de vilaines agrafes métalliques, les artisans japonais auraient cherché un moyen de réparation plus esthétique. Cela relève d’une philosophie qui prend en compte le passé de l’objet, son histoire et donc les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. La casse d’une céramique ne signifie plus sa fin ou sa mise au rebut, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il ne s’agit donc pas de cacher les réparations, mais de mettre celles-ci en avant.


https://www.julie-goulet.com/actualites/le-kintsugi-metaphore-de-la-resilience



Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 18594510

Kintsugi head, Sculpture de Sally Hanreck. Australie.
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Message par tangolinos le Dim 3 Juin - 20:11

Salut Kolam

Ahlala… suite à ton merci, je voudrais encore te remercier… un peu comme si nos remerciements ne pouvaient être qu’ infinis…

Oui cette idée que nous ne soyons conscient que de l’ émergence de l’ iceberg que nous sommes, m’ interpelle.
Et effectivement, il me semble bien que notre conscience ne peut accueillir que ce qu’ elle peut, et pour se faire, le mieux serait d’ évacuer tous les blocages, et donc cette histoire de dorer les cicatrices comme le propose le Kintsugi me semble bien précieux comme attitude à adopter.

En effet, les choses les plus précieuses qu’ on puisse partager sont les témoignages de nos souffrances.

C’est un peu comme si on savait où on va et qu’il nous était interdit de le dire, et qu’on ne pouvait témoigner que des impasses à éviter.

tangolinos
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Message par Kolam le Mar 5 Juin - 10:54


sunny



"Tout chemin est d’abord enfoui en soi avant de se décliner
sous les pas, il mène à soi avant de mener
à une destination particulière.
Et parfois il ouvre la porte étroite qui aboutit à la transformation heureuse de soi."

David Le Breton

Ext. Kintsugi - Un voyage initiatique au coeur de l'être, Marilou Brousseau. (Chapitre 1 - À l’état de rêve)
http://docplayer.fr/51807716-Kintsugi-marilou-brousseau.html



Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 Nepal210
https://www.alain-collet.com/nepal/Kang/Kang08.html




Préface (Extraits), par Jacques Bonhomme, psychophonologue et formateur en expression vocale:


"Le papillon monte au ciel en titubant comme un ivrogne. C'est la bonne façon."

Cette phrase de Christian Bobin illustre bien, quant à moi, cette magnifique histoire de quête. Pour aller à la rencontre de soi-même, prendre le chemin de l'Himalaya, ne faut-il pas passer par des endroits parfois sinueux ?
(...)

J'ai beaucoup lu et cherché pour me retrouver nu au cœur de mes faiblesses. Je ressens ainsi que la quête du véritable savoir ne se situe pas tellement dans la quantité de mes expériences, mais dans la nudité de mes doutes et de mes blessures intérieures.
Dans cette faiblesse et cette fragilité réside peut-être le nectar bien caché de la réalisation de ce que je suis véritablement. Alors, pareillement à Paul de Tarse, je peux dire que si je me glorifie, c'est de ma faiblesse dont je me glorifierai.
Cette recherche de Kintsugi, c'est donc un peu moi, un peu chacun de nous avec ses blessures.

Khalil Gibran écrivait:
"Ce qui semble être le plus faible et le plus égaré en vous est le plus fort et le plus déterminé."
C'est de cette faiblesse qui pousse à la quête de moi-même que me parle cette histoire.
Le symbole du vase cassé, réparé par des coulis d'or, est absolument magnifique. Quant à l'image du coulis, représenté par des mots prononcés avec justesse et dans une écoute authentique, demeure pour moi d'une grande exactitude.
Sans les mots, certains de mes maux n'auraient pu évoluer et se transformer. Le mot n'est-il pas tantôt évocation, invocation, convocation ou provocation ?
Dans l'espace de ce monastère, le mot résonne d'un silence prêt à l'accueillir.
Accueillir le mot évoquant, mais aussi le chant invoquant.


"Ce que le cri déchire, le chant recoud", disait Carole Martinez dans son magnifique livre "Du domaine des murmures". C'est là tout le sens du mantra: une répétition qui recoud, qui répare, qui invoque.
De la répétition inconsciente des schémas à la répétition consciente des mantras, il y a seulement transformation de l'énergie par l'émergence de la conscience réparatrice.
La libération des mémoires enfouies jusque dans la matière corporelle peut alors s effectuer doucement, l'espace d'un chant répété.
Il me suffit de demeurer à l'écoute et de me laisser trouver par Kintsugi, car mes pérégrinations personnelles comme professionnelles m'ont appris que l'égo ne peut rien chercher d'autre que lui-même et qu'au bout du bout, mes blessures m'invitent à me laisser trouver.
C'est là qu'elles prennent tout leur sens, et cette conscience est le coulis qui répare.

Alors oui ! Oṃ maṇi padme hūṃ, ce mantra de la compassion peut éveiller ce joyau dans le lotus qui est peut-être ce moi véritable, cet Himalaya de l'intérieur qui ne m'a jamais quitté, mais que mes souffrances m'ont permis de rencontrer.
De la quête du passé à la quête de l'être, ce voyage initiatique, celui de Marilou comme celui de chacun d'entre nous, nous amène à nous interroger sur la notion même de voyage.

Chaque instant mène au but, car Kintsugi se trouve dans chaque pas.
Maître Eckhart nous rappelle que pour celui qui voyage horizontalement les murs sont des obstacles et que pour celui qui voyage verticalement les murs sont des chemins.
Ce voyage orchestré par Marilou Brousseau est une invitation à cette verticalité qui transforme la blessure et répare le vase que nos existences incertaines et nos histoires en apparence insensées ont ébréché.

J'aime la façon dont Marilou Brousseau raconte cette histoire, car elle lui ressemble dans sa simplicité et son élan vital. La voix est présente dans cet ouvrage à travers les dialogues, les silences sous-jacents et les introspections. Elle est aussi présente par les mantras. Il faut quelquefois répéter volontairement pour cesser de répéter automatiquement ce que dictent les vieilles mémoires.
Ce livre me met en résonance et m'invite à chanter et me rappeler qu'à travers le chant, l'homme cherche à célébrer et à se réparer.
Kintsugi est peut-être aussi ce chant qui nous cherche de l'intérieur et qui ne cesse de pousser en nous. Autant que les mots qu'elle porte, la voix est ce coulis réparateur. Cette voix, je la retrouve dans le silence de ce monastère comme un onguent. C'est à travers elle que j'ai bâti mon métier. Elle est devenue un objet à travers lequel s'effectue en moi la quête de l'essentiel.

Elle est pour moi réparation des blessures et des non-dits de l'enfance. Elle est cet entre-deux du corps et de l'esprit. Je pratique entre autres le mantra à travers mes animations et je sais combien cette répétition 'volontaire' draine la matière émotionnelle et devient passage vers la transparence à l'être". (...)

J. Bonhomme

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Message par Rose le Mar 5 Juin - 12:51

Merci Kolam pour cette préface
de J. Bonhomme.

Pour moi, beaucoup d'étapes
de la résilience sont dites ici.
J'imagine le chant
émergeant au sommet
de l'Himalaya
et devenant support
à l'observation.

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Message par Kouen le Mar 5 Juin - 12:58

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Message par tangolinos le Mar 5 Juin - 18:23

Salut Kolam

je trouve succulent le choix des citations que tu brandis.

Dans ton dernier message, j’ y ai dégusté celle-ci=
‘’Maître Eckhart nous rappelle que pour celui qui voyage horizontalement les murs sont des obstacles et que pour celui qui voyage verticalement les murs sont des chemins.’’

On pourrait dire alors que Kintsugi est une invitation à grimper les murs en s’ appuyant sur les cicatrices…
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Message par Kouen le Mer 6 Juin - 8:26

@tangolinos a écrit:

On pourrait dire alors que Kintsugi est une invitation à grimper les murs en s’ appuyant sur les cicatrices…

en sorte..elles deviennent un support de "force"
( mais faut qu'elles soient bien cicatrisées )  


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Message par porte le Mer 6 Juin - 11:53

@tangolinos a écrit:Salut Kolam

je trouve succulent le choix des citations que tu brandis.

Dans ton dernier message, j’ y ai dégusté celle-ci=
‘’Maître Eckhart nous rappelle que pour celui qui voyage horizontalement les murs sont des obstacles et que pour celui qui voyage verticalement les murs sont des chemins.’’

On pourrait dire alors que Kintsugi est une invitation à grimper les murs en s’ appuyant sur les cicatrices…


Et paradoxalement, les murs nous indiquent la verticalité et le chemin à l’horizontalité. D’autre part, un mur étant une construction, soit on le contourne et la verticalité est évitée et donc remise, soit autant nous l’avons construit, autant nous pouvons le déconstruire, une autre alternative se présente, escalader ce mur et monter par conséquent plus haut.

En tout ceci, la déconstruction est une voie transcendante, car elle envisage de se délester de ce qui n’a plus lieu d’être et de ne plus voir les expériences comme des obstacles, épreuves ou autres qualificatifs dérivatifs donc, mais des opportunités de grandir.

Les cicatrices, les blessures, nos failles, nos faiblesses peuvent être associées aux fêlures, aux failles dans le mur et qu’elles sont le début de cette déconstruction, dissolutions d’illusions par des « je crois que ». Le début d’une nouvelle conscience qui prend en compte la vie dans la VIE.

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Message par Totem le Mer 6 Juin - 13:33

Déconstruction dites vous?. Wink


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Message par porte le Sam 14 Juil - 20:03

@Totem a écrit:Déconstruction dites vous?. Wink


Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 30698210

Ce qu’en moi-même je traverse et qui se manifeste en l’extériorisant modifie mon environnement. Ce reflet me dit ce qui doit être changer dans les variations de potentiels exprimés et que dans la grâce du courant de Vie de l’Esprit, je puis puiser ce qui me permet de grandir en Lui et à travers Lui : Le présent de ce que nous sommes en Réalité.

Ce travail est le jeu de la Shakti et ses déclinaisons... drunken

Fraternellement  I love you Merci du partage.  Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 312990806
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Message par Kolam le Dim 15 Juil - 15:43

@tangolinos a écrit:Salut Kolam

je trouve succulent le choix des citations que tu brandis.

Dans ton dernier message, j’y ai dégusté celle-ci:

‘’Maître Eckhart nous rappelle que pour celui qui voyage horizontalement les murs sont des obstacles et que pour celui qui voyage verticalement les murs sont des chemins.’’

On pourrait dire alors que Kintsugi est une invitation à grimper les murs en s’ appuyant sur les cicatrices…

Oui; faire de ses cicatrices une force, un appui.Kintsugi, métaphore de la résilience - Page 2 1679551000

Selon mon regard, cette phrase de Maître Eckhart décrit une posture intérieure, une manière de percevoir et d’appréhender l'existence et son cheminement.
Posture intérieure et manière de percevoir rejoignent directement la notion de "regard"; le regard sur la Vie, autrui, le monde qui nous entoure... et donc les épreuves et blessures passées;
Le changement de regard: le début de la résilience sans doute...
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Message par Invité le Dim 15 Juil - 19:12

Namasté Namasté,

Ce n'est qu'à compter du XIXe siècle que les progrès de la chirurgie ont permis des opérations sur les os du squelette humain ; avant cela, rares étaient les interventions sur les fractures ouvertes qui s'infectaient. Les fractures fermées, quant à elles, étaient juste guéries par immobilisation du membre jusqu'à formation d'un cal osseux... bien plus solide que le reste de l'os.

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Message par Kolam le Mar 26 Fév - 12:44

La résilience - Un regard qui fait vivre, Michel Manciaux

(Dans Études 2001/10 (Tome 395), pages 321 à 330)


"La faculté qu’a l’homme de se creuser un trou, de sécréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de près. Il s’agit là d’un précieux travail d’adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif."
Primo Levi, Si c’est un homme.



Le réflexe de tous ceux qui entendent, pour la première fois, parler de résilience, est d’aller en chercher le sens dans le dictionnaire, au risque d’être déçus : ils n’y trouvent qu’une définition faisant référence à la résistance des matériaux aux chocs. C’était, de fait, la signification première de ce mot — dont l’étymologie renvoie à la notion de résistance et de ressaut —, jusqu’à ce que les Anglo-Saxons l’appliquent, depuis un demi-siècle environ, aux sciences humaines.

Avec un retard certain par rapport à eux, la résilience commence à susciter un vif intérêt dans les milieux professionnels francophones. Il est temps, car la recherche, la formation et la pratique dans les domaines médico-social, psychologique, éducatif, juridique... peuvent y trouver une inspiration, un souffle nouveau. La résilience nous convie, en effet, à changer notre regard sur ceux qui sont confiés à nos soins, dont nous avons à prendre soin ; à élargir notre réflexion et notre action à leur environnement social et matériel, à leur cycle de vie, à leurs conditions et modes de vie, et ceci dans une démarche où le respect, l’empathie doivent se conjuguer avec de sérieuses connaissances sur les ressources — trop souvent méconnues, inexploitées — des êtres humains confrontés aux dures réalités de l’existence.

Une définition "humaniste" s’impose. Il en est de nombreuses, parmi lesquelles on peut retenir celle-ci:

La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères

Cette formulation a le mérite de mettre en lumière la double caractéristique de la résilience, qui en fait l’originalité: c’est à la fois la résistance à la destruction et la construction d’une existence valant d’être vécue. Le Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE), qui a beaucoup travaillé et ce concept et son application, insiste — à juste titre — sur cette dynamique existentielle définitions mettent l’accent, après le traumatisme surmonté, sur une adaptation "socialement acceptable", avec le flou, mais aussi la connotation comportementaliste que véhicule une telle référence. On en verra plus loin le risque potentiel.


Emergence du concept:


Une question essentielle se pose d’emblée. La résilience constitue-t-elle une nouveauté, une avancée dans le domaine des sciences humaines ?
Ou bien n’est-elle que "des habits neufs pour de l’ancien" ?

Une rapide rétrospective s’impose.

Que certains individus résistent mieux que d’autres aux aléas de l’existence, à l’adversité, à la maladie est un fait reconnu depuis des siècles, mais resté largement inexpliqué. Et c’est à une "constitution" particulière qu’on imputa longtemps cette caractéristique hors du commun. C’est récemment que les interactions entre les individus et leur entourage, leurs conditions et leurs milieux de vie ont été prises en considération, menant à des approches systémiques fécondes. Sans entrer dans le détail, il faut souligner que le concept de vulnérabilité, avec ses composantes biologiques, psychologiques et son approche épidémiologique, a ouvert la voie à la résilience. La notion opposée d’invulnérabilité et les discussions qu’elle a suscitées ont beaucoup aidé à la compréhension des faits observés. La "mère de la résilience", une psychologue américaine, Emmie Werner, parle, à propos des enfants qu’elle a suivis de la naissance à l’âge adulte, de sujets "vulnérables, mais invincibles".

Elle a étudié pendant trente ans une cohorte de 698 enfants nés en 1955 dans l’archipel de Hawaii. Sur 201 de ces enfants considérés, à l’âge de deux ans, sur la base d’une série d’indicateurs, comme hautement susceptibles de développer des troubles du comportement, 72 ont évolué favorablement sans intervention thérapeutique particulière et sont devenus de jeunes adultes compétents et bien intégrés. Ils ont su, dit l’auteur, "rebondir" à partir d’une enfance difficile et, bien que vulnérables, être en fait invincibles — ou au moins invaincus — dans leur parcours existentiel. En outre, les deux tiers environ des sujets non résilients à l’adolescence le sont devenus à l’âge adulte: au total, donc, près de 80 % d’évolutions positives à terme.

Cette observation, faite dans le cadre d’une étude dont l’objet n’était pas la résilience, a joué un rôle majeur dans l’émergence de celle-ci, à la fois comme réalité clinique et objet de recherche. Mais il faut souligner l’importance de la mise en évidence des compétences précoces, "précocissimes" a-t-on pu dire, de l’être humain. Qui dit compétences dans le champ du développement désigne quasi automatiquement les bébés. Ressources potentielles, elles vont se développer dans la mesure où elles sont non seulement reconnues, mais aussi stimulées par des interactions soutenues avec la mère, les parents, l’entourage, et dans un climat d’affectivité. Toutefois, cette capacité à entrer en relation, à s’adapter aux situations, existe aussi chez beaucoup d’enfants plus âgés, d’adultes, de personnes âgées, pour peu qu’ils trouvent autour d’eux compréhension et appui. C’est le rôle de ces personnes, professionnelles ou non, que Boris Cyrulnick nomme joliment "tuteurs de résilience ".

Bowlby a d’ailleurs, le premier, insisté (dès les années 50) sur le rôle de l’attachement dans la genèse de la résilience, qu’il a définie comme "ressort moral, qualité d’une personne qui ne se décourage pas, qui ne se laisse pas abattre ".



Idées et pratiques nouvelles:


L’intérêt croissant pour la résilience doit aussi beaucoup à un courant porteur actuel. Si la prévention a longtemps été le parent pauvre de la médecine, de la psychologie, plus largement des sciences de la santé, du développement, de la vie, les choses sont en train de changer. Découragés par les situations dépassées dans les champs des dysfonctionnements familiaux, des violences, des mauvais traitements, des psychopathies, praticiens et chercheurs travaillent à promouvoir des approches préventives le plus en amont possible dans les cycles de vie individuels et familiaux, dans l’histoire naturelle des pathologies de tous ordres.
Des idées et des pratiques nouvelles se font jour, qui ont nom promotion de la santé, accompagnement de la parentalité, "bientraitance" .
Et ces approches modernes font un large appel aux ressources individuelles, collectives, communautaires, à la notion anglo-saxonne d’empowerment que les équipes de Protection maternelle et infantile ont francisée en "capacitation".

La psychologie en tant que science est elle-même en évolution. Née et nourrie surtout des comportements anormaux — psychopathologie, psychologie du mal-être et du malheur —, elle a d’abord porté peu d’attention au courant humaniste illustré par quelques pionniers. Plus récemment, les psychologues scientifiques ont commencé à s’intéresser au bonheur: un numéro récent de American Psychologist  traite de "psychologie positive". Cela concerne d’abord les expériences évaluées subjectivement: le bien-être, la satisfaction (dans le passé), la joie (dans le présent), l’espoir et l’optimisme (pour le futur). Au niveau individuel, l’accent est mis sur les traits positifs: capacité d’aimer et de s’engager, courage, compétences interpersonnelles, sensibilité esthétique, persévérance, pardon, originalité, humour, spiritualité, sagesse, etc.
Au niveau du groupe, on retrouve les vertus civiques et les institutions qui font évoluer les individus vers une meilleure responsabilité en tant que citoyens, vers l’éducation, l’altruisme, la civilité, la modération, la tolérance et l’éthique professionnelle.



Les sujets résilients : qui et que sont-ils ?:


Mais qui sont les sujets résilients ? Que sont ces traumatismes, ces événements déstabilisants que mentionnent toutes les définitions de la résilience ?
Celle-ci peut s’observer dans des situations dramatiques, comme celle à quoi se réfère Primo Lévi. D’ailleurs, le BICE propose Anne Frank comme modèle de résilience. A l’évidence, la déportation, les guerres, les catastrophes naturelles fournissent malheureusement de trop nombreuses occasions de traumatismes graves — physiques, psychologiques, sociaux —, révélateurs de ressources insoupçonnées chez certains qui "s’en sortent", alors que la plupart perdent pied et s’enfoncent.
Plus banalement, la résilience a été décrite chez des enfants handicapés, maltraités, malades chroniques, ou de parents alcooliques, toxicomanes, malades mentaux ; chez des adultes traumatisés par la vie: perte d’un être cher, maladie grave, accident, chômage, précarité; chez des personnes âgées, après veuvage, par exemple. Au total, donc, dans des situations extrêmes, mais aussi dans des "malheurs ordinaires".
La littérature fourmille d’exemples que les romanciers ont tirés de leurs observations — parfois de leur vie: Gavroche, Cosette, Rémy, Poil de Carotte ("Tout le monde ne peut pas être orphelin !"), David Copperfield et bien d’autres.

L’intérêt de ce concept apparaît clairement: tout en reconnaissant l’existence de problèmes, on cherche à les aborder de façon constructive, à partir d’une mobilisation des ressources des personnes directement concernées. Mais il faut affirmer avec force que la résilience:

- n’est jamais absolue, totale, acquise une fois pour toutes. Il s’agit d’une capacité qui résulte d’un processus dynamique, évolutif, au cours duquel l’importance d’un traumatisme peut dépasser les ressources du sujet;

- est variable selon les circonstances, la nature des traumatismes, les contextes et les étapes de la vie. Elle peut s’exprimer de façons très variées, selon les différentes cultures.



Que nous apporte la résilience ?:


Si la génétique et la biologie déterminent les limites du possible, il reste un grand degré de liberté et une marge de manœuvre pour l’intervention des ressources personnelles et professionnelles.

A chaque instant, la résilience résulte de l’interaction entre l’individu lui-même et son entourage, entre les empreintes de sa vie antérieure et le contexte du moment en matière politique, économique, sociale, humaine. Elle résulte aussi de l’interaction entre facteurs de risque et facteurs de protection.
L’expérience et la recherche montrent que cette distinction est souvent artificielle, ne serait-ce que parce que le même facteur peut constituer un risque ou une protection, selon les contextes, la nature et l’intensité du stress, selon les personnes, voire les périodes de la vie du même individu.

Dans les situations à risque évoquées plus haut, les facteurs de protection sont variés. Les plus souvent cités sont, en ce qui concerne le sujet résilient, l’estime de soi, la sociabilité, le don d’éveiller la sympathie, un certain sens de l’humour, un projet de vie… En ce qui concerne l’entourage, une famille unie ou au moins un parent aimant, un ou plusieurs adultes qui éveillent la conscience de l’enfant, en qui il a confiance et qui lui font confiance; et, plus largement, le soutien social. Mais la résilience ne signifie ni absence de risque, ni protection totale.

Le développement de la résilience passe, pour les professionnels, par un autre regard sur la réalité, en vue d’un meilleur usage des stratégies d’intervention. Ce regard cherche, au delà des symptômes et des comportements, à détecter et à mobiliser les ressources des personnes, de leur entourage, de la communauté.
Il conduit à abandonner tout déterminisme fataliste, toute idée de reproduction transgénérationnelle automatique et tout perfectionnisme, afin que la personne et la famille cherchent, dégagent et se construisent elles-mêmes un chemin de vie. Ce changement dans la façon de voir les autres implique, pour les professionnels comme pour l’entourage, une remise en question de bien des "évidences" et de certaines attitudes personnelles, corporatistes, culturelles, institutionnelles.



Un autre regard:


La résilience n’est pas une nouvelle recette de bonheur, même si elle peut y contribuer  (B. Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999.): à preuve les titres de deux ouvrages récents de spécialistes reconnus.
Elle n’est pas davantage une nouvelle modalité de travail dans les champs de la santé, de l’action sociale, de l’éducation. Elle est, nous l’avons vu, changement de regard. Et cela à trois niveaux.

De la part de la société tout d’abord, qui tend à répondre exclusivement par des mesures "assistancielles" aux difficultés, à la souffrance, au malheur de tant de ses membres, les enfermant ainsi dans leur sentiment d’incapacité, d’impuissance, d’absence d’influence sur leur destin.

Plus grave encore, la société civile (et parfois les pouvoirs publics à différents niveaux) tient facilement pour responsables de leur situation les personnes démunies, les pauvres, sans chercher à comprendre ce qui les y a précipités, ce qui les y maintient: c’est blâmer les victimes, attitude dévalorisante et contraire à l’éthique.

Aux professionnels et aux services il est demandé de modifier leur regard et de rechercher systématiquement les aspects positifs, les capacités, les ressources des enfants, des personnes, des familles auxquels ils ont affaire.
Il ne s’agit pas d’être naïf ou inconscient, de nier les problèmes, les symptômes, mais bien de les mettre en balance avec les qualités, les possibilités, même limitées, même latentes, des personnes en grande difficulté.

"Quand je remplis un signalement pour un enfant maltraité dans sa famille, disait un travailleur social, je m’astreins à passer autant de temps, à remplir autant de papiers pour décrire ce qui ne va pas dans cette famille et qui justifie le signalement, et pour lister ce qui va bien, ce sur quoi on va pouvoir s’appuyer pour améliorer la situation": démarche profondément éthique, respectueuse des personnes.

Ce regard empathique, valorisant, des professionnels, de la société, conduit l’enfant et la personne ainsi traités — "bientraités" — à croire en eux, à renforcer leur estime de soi, à porter sur eux-mêmes un regard plus positif. On l’a vu, l’estime de soi est un des facteurs de protection en jeu dans le développement de la résilience, qui se renforce par les épreuves surmontées: véritable cercle vertueux créateur de résilience.



Du bon usage de la résilience:


Le passage du concept à l’application, s’il est séduisant, n’est cependant pas dénué de risques. Le premier est un manque de rigueur dans l’interprétation des faits observés, amenant à voir la résilience là où il y a seulement déni d’un traumatisme, pourtant réel ; absence apparente de réactions négatives, par exemple par insuffisance de suivi ; ou encore simple résistance sans reconstruction.
Désormais à la mode, le concept de résilience pourrait souffrir de se voir mis en avant sans assez de capacité de discernement, de finesse clinique. Une telle confusion ne peut que nuire à l’accueil de la résilience en tant que progrès dans les relations professionnelles et personnelles.

D’autres risques, plus sérieux, sont liés au possible détournement, voire à la récupération, de la résilience par les professionnels: parce qu’un enfant, un jeune, une famille font preuve de résilience, considérer qu’ils sont désormais capables de se débrouiller par leurs propres moyens.
Le risque de désengagement des pouvoirs publics est du même ordre. Puisque certains se "tirent d’affaire" par eux-mêmes, point n’est besoin de les aider. Quant aux autres, "ce sont des incapables ou des paresseux".
De même, la société peut être tentée de porter un tel jugement dépréciatif sur ceux qui ne parviennent pas à «"s’en sortir", et donc de se satisfaire d’un régime à plusieurs niveaux de compétence et de compétitivité, au mépris du respect de la différence et au détriment d’une politique — gouvernementale et sociale — de solidarité. L’évolution actuelle de nos sociétés est là pour montrer que ces risques sont bien réels.

A l’inverse, si chacun — professionnel, responsable administratif, politique, ou simple citoyen — réussit, à son niveau, à conjurer ces risques, des progrès dans la vie personnelle et dans la vie publique sont possibles. Les épreuves — malheurs et souffrances ordinaires, traumatismes plus graves — sont le lot de toute existence.

Les résilients nous apprennent qu’on peut trouver en soi des ressources parfois insoupçonnées pour faire face et continuer à vivre une vie qui en vaille la peine; et qu’on peut aussi compter, dans ce but, sur le soutien de personnes de confiance, sur son entourage plus ou moins proche, sur un certain support social. Les épreuves ainsi surmontées sont souvent source de progrès humains, y compris spirituels: combien de personnes ne disent-elles pas qu’elles en sont sorties grandies !

Et surtout, la résilience offre une chance réelle pour de nouvelles politiques sociales qui ne soient plus d’aide sous forme d’assistance, mais bien de promotion de la personne, des familles et des communautés. Au risque de désengagement sociétal et politique mentionné plus haut, il faut opposer de nouvelles modalités de vie en société solidaire.

Ces progrès dans le bon usage de la résilience nécessitent une meilleure connaissance des processus en jeu dans son développement.
Cela passe par des allers et retours constants entre expérience de terrain et recherche formalisée. Il faut savoir intégrer les recherches de type quantitatif, épidémiologique, dans des études, monographies et enquêtes faisant une large place aux facteurs qualitatifs, aux histoires de vie individuelles et collectives, aux traumatismes surmontés, aux trajectoires existentielles réussies.



« Que pouvons-nous espérer ? »:


C’est après "Que pouvons-nous savoir ?" et "Que devons-nous faire ?", la troisième question que pose Kant  à propos de la démarche philosophique. Qu’en est-il pour la résilience ?


Si recherche scientifique et observation clinique conjuguent leurs efforts, si des formations sérieuses sont organisées et une information de qualité largement diffusée, si des actions pertinentes sont mises en place, menées à bien, évaluées, reconnues, valorisées en tant que bonnes pratiques, beaucoup d’espoirs sont permis.

On peut en attendre des enfants mieux armés pour la vie des familles et des communautés mutuellement "supportives", des professionnels plus empathiques, plus ouverts à l’écoute, à l’échange, à la collaboration avec les communautés, les bénévoles, les associations; sans oublier des chercheurs en sciences humaines plus nombreux et plus motivés, des décideurs mieux informés et plus proches de leurs administrés, une société plus solidaire.

Utopie ? Mais ce sont les utopistes qui changent le monde.
C’est tout au moins une espérance réaliste, aussi éloignée d’un cynisme désabusé que d’attentes illusoires. Le questionnement de Kant se termine par cette interrogation fondamentale, qui traverse aussi toutes nos réflexions sur la résilience : "Qu’est-ce que l’Homme ?"



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